Blog d'Etude de la Culture Visuelle Moderne

Ce Blog porte principalement sur les mangas et l'animation japonaise. Vous y trouverez des fiches descriptives euphorisantes et des critiques transcendantales de ces oeuvres marquantes et singulières qui nous viennent du Pays du Soleil Levant.

01 janvier 2009

La Mélancolie de Haruhi Suzumiya (mise en page classique)

La Mélancolie de Haruhi Suzumiya

réalisé par Ishihara Tatsuya et Yamamoto Hiroshi, d'après l'oeuvre de Nagaru Tanigawa

Japon : 14 épisodes de 23 minutes - Kyoto Animation - 2006

France : 14 épisodes de 23 minutes - Kaze - 2008

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Histoire:

Aliens, voyageurs du temps et ESPers : voilà les seuls types de personnes qui intéressent l'étrange Haruhi Suzumiya, une jolie lycéenne égocentrique et capricieuse, devenue la nouvelle camarade de classe de Kyon, un jeune homme tout à fait normal dont la seule particularité se trouve être un cynisme à tout épreuve. S'ennuyant mortellement dans une vie qu'elle trouve désespérément normale, Haruhi va alors créer son propre club : la Brigade S.O.S, avec pour projet officiel de résoudre tous les mystères du monde. Y enrôlant de force le nonchalant Kyon, unique être humain avec lequel elle arrive à communiquer (difficilement), ainsi que trois inconnus : Mikuru Asahina, pauvre petite bimbo larmoyante, Yuki Nagato, inexpressive lectrice acharnée, et Itsuki Koizumi, garçon calme et enjoué, transféré en milieu d'année ; Haruhi essaiera à maintes reprises de promouvoir sa Brigade SOS et de vivre, aux côtés de ses nouveaux amis (ou esclaves de ses moindres caprices) des aventures fantastiques et merveilleuses, dans l'espoir de tromper, ne serait-ce qu'un instant, son éternelle mélancolie. Mais si les aliens, les voyageurs du temps et autres ESPers qu'elle cherche avec tant d'ardeur, étaient plus près qu'elle ne le pense ? Et si, peut-être même bien plus que ces êtres légendaires, Haruhi était elle-même une personne exceptionnelle et particulièrement incroyable ?

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La Brigade SOS au grand complet ! De gauche à droite : Kyon, Haruhi Suzumiya, Mikuru Asahina, Itsuki Koizumi et Yuki Nagato.

Critique:

Commençons avec la forme de cette étonnante série qu'est La Mélancolie de Haruhi Suzumiya. Visuellement, il n'y a rien à redire : les couleurs sont chaudes et éclatantes, l'animation est tout ce qu'il y a de plus honorable, les décors sont assez fouillés et le character design est très attirant, tout en restant relativement commun (Haruhi incarne à merveille cette parfaite combinaison entre simplicité et originalité : des traits fins mais très expressifs et un petit bandeau jaune dans les cheveux, il n'en faut pas plus pour nous laisser un souvenir impérissable de la belle demoiselle). La réalisation est parfaitement maîtrisée : alternant longs plans fixes et montages rapides, cadrages classiques et tentatives plus originales, elle donne à l'ensemble de la série un rythme à la fois constant et singulier. La musique colle parfaitement à l'ambiance de chaque scène et les deux génériques sont tout bonnement excellents (celui d'intro a gagné une bonne place dans mon classement approximatif des meilleurs génériques d'animés, juste à côté de Gyakkyou Burai Kaiji, mais dans un tout autre style). A tout cela se rajoute aussi une intriguante particularité : les épisodes de La Mélancolie de Haruhi Suzumiya ont été originellement diffusés dans le désordre. Pour exemple, le premier épisode est chronologiquement le onzième et ce n'est que dans le second que l'histoire débute réellement. Cette bizarrerie continue tout au long de la série et influe à cette dernière un léger brin de folie supplémentaire. La compréhension de l'intrigue principale n'en devient pas impossible pour autant et l'on se plait à attendre avec impatience ce moment qui ne nous a pas encore été montré, mais dont ne cessent de parler les différents protagonistes concernés. Certains pourront voir dans ce désordre volontaire une vile et racoleuse astuce publicitaire mais, à mon humble avis, il n'en est rien. Comme dans le très bon Memento de Christopher Nolan, cette technique accompagne parfaitement le propos de l'oeuvre qui nous est présentée. Si dans le film de Nolan, les divers évènements nous sont montrés en partant de la fin de l'histoire, puis remontant jusqu'à son début, dans l'optique de nous mettre dans la même position que le personnage principal souffrant d'une rare forme d'amnésie (hormis certains détails de son passé, sa mémoire ne remonte qu'au quart d'heure précédent) ; dans La Mélancolie de Haruhi Suzumiya, le grand n'importe quoi chronologique est une mise en pratique du discours même de Haruhi : essayons par tous les moyens de rendre notre vie plus intéressante, notre morne quotidien un peu moins banal. Ainsi, en racontant une petite histoire, finalement pas très compliquée, d'une manière originale, voire même totalement incongrue, on donnera à cette dernière une saveur unique et pétillante. Certes, ce subtil goût ne fait pas intrinsèquement partie de l'aliment préparé, on doit plutôt un tel résultat aux divers épices que l'on y a rajouté, mais n'est-ce pas le principe même de la cuisine (vive les comparaisons culinaires) ? Dans le même ordre d'idées, pour la trépidante aventure de notre caractérielle Haruhi, cet étonnant arrangement dans la diffusion des épisodes n'est bien sûr rien d'autre qu'un simple tour de magie, mais c'est justement ce dont il est profondément question ici : La Mélancolie de Haruhi Suzumiya n'est rien de plus qu'une magnifique incitation à mettre un peu de magie dans nos vies. Et comme le dit Haruhi elle-même, si nous voulons vraiment vivre des choses extraordinaires, il ne tient qu'à nous de les provoquer.

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"Nous contrôlons les verticales et les horizontales."

Un des points les plus admirables de La Mélancolie de Haruhi Suzumiya, est sans contexte la qualité de ses personnages, la teigneuse Haruhi en tête. Celle-ci a en effet tout ce qu'il faut (où il faut) pour devenir une héroïne d'animé emblématique et inoubliable : un caractère de cochon dans un corps de rêve, une mine renfrognée sur un visage sublime, une assurance arrogante cachant une fragilité adorable, un égocentrisme insupportable masquant une solitude plus que touchante, et surtout, une volonté inébranlable et autoritaire ne demandant (paradoxalement) qu'à être contestée. Personnellement, c'est totalement le genre de filles - prise de tête - dont je pourrais tomber amoureux (ma petite amie n'est d'ailleurs pas très loin de cette description). Face à cette véritable déesse toute en contradictions, se trouve alors le plus commun des représentants de la gente masculine : l'impassible Kyon. Contrairement à elle, celui-ci ne croit pas une seule seconde en l'hypothétique existence d'aliens, de voyageurs temporels et de surprenants ESPers, ou n'y croit plus, plus exactement. En effet, après une douce enfance bercée par les nombreuses et habituelles illusions propres à ce bel âge, notre sympathique narrateur (car même si Haruhi donne son nom au titre de l'animé, Kyon reste le personnage principal de l'histoire, cette dernière passant inexorablement par le filtre de ses remarques cyniques répétées, en voix off) a définitivement rejeté la possibilité que de tels éléments surnaturels soient secrètement présents dans notre monde. Arborant constamment un regard blasé sur son environnement ou les divers actes de son entourage (mis à part les séances de cosplay forcés de la lolitesque Mikuru), Kyon s'est étrangement, mais aussi naturellement, rapproché de l'extravertie Haruhi, jusqu'à devenir l'animal de compagnie préféré de cette petite peste très déterminée. Tel un véritable Droopy râlant dans sa barbe, notre pseudo héros accomplira les moindres caprices de sa maîtresse (ou presque : les diverses tortures psychologiques infligées à la pathétique Mikuru ayant néanmoins à ses yeux une certaine limite à ne pas dépasser) et ce, pour la plus honorable des raisons qui soit : la plupart du temps, le pauvre bougre n'a juste rien de mieux à faire (officiellement du moins, l'hypothèse de sentiments refoulés à l'égard de l'impitoyable Haruhi étant aussi très probable, ce à quoi une cause bien plus intéressante se rajoutera par la suite). Sa nonchalance presque irritante, contrastant avec la parfois très agaçante surexcitation perpétuelle de sa si spéciale partenaire, donnera alors à ce duo providentiel un équilibre agréable et indubitablement nécessaire à la conservation de leur étrange relation.

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"Argh, trop reloue cette meuf..."

Si le couple Haruhi/Kyon est au centre de l'histoire, les personnages secondaires, bien que relativement moins profonds, ne sont pas sans consistance pour autant. Bien sûr, il faut reconnaître que Mikuru a tout de la stéréotypée bimbo décervellée à grosse poitrine made in Japan (avec ce côté mignon tout plein - moe - qui, pour ma part, me tappe souvent sur les nerfs), mais le fait de la voir se faire continuellement martyriser par la sadique Haruhi et l'aveu dénoué de tous scrupules de la part des auteurs quant aux raisons de sa présence dans la série (Haruhi choisit de l'intégrer à la Brigade SOS dans un but purement promotionnel, pour attirer l'attention du public), ainsi que son importance scénaristique en tant qu'élément déclencheur au sein d'un, a priori, triangle amoureux, finissent de nous faire accepter sa réelle utilité tout au long des 14 épisodes ; bien sûr, il faut avouer que Yuki ressemble grandement à un sous clône de Rei Ayanami dans Evangelion (cheveux bleus, visage froid comme du vieux carrelage de cuisine - super comparaison, je sais - et une aura mystérieusement dangereuse planant constamment autour d'elle) mais contrairement à cette dernière, le fait qu'elle semble devenir de plus en plus chaleureuse au fil des épisodes (sa progressive intégration dans ce qui a tout l'air d'un carré amoureux y jouant beaucoup) et, une fois de plus, le talent des scénaristes qui font suffisamment preuve de recul et d'humour dans leur vision personnelle de cet archétype nippon, réussissent sans aucun soucis à nous faire avaler la pilule, comme une lettre à la poste (Yuki est d'ailleurs mon personnage préféré, alors que je ne suis pas du tout un fan de Rei à la base... vive Asuka !) ; et encore bien sûr, nous nous devons aussi de dire que Koizumi est le parfait représentant du classique beau gosse dont le sourire immortel cache forcément quelque chose de louche, mais sa familiarité maladroite, ses discours incompréhensibles (en apparence seulement) et sa bizzarerie à la fois indescriptible et néanmoins évidente, sont autant d'éléments qui nous forcent, finalement, à le trouver au moins un tant soit peu sympathique (moi, je l'aime bien ce chic type). En somme, pour de simples personnages secondaires, il n'y a vraiment pas de quoi se plaindre.

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"J'ai faim !"

Passons maintenant au second point fort de La Mélancolie de Harhui Suzumiya : son histoire. Difficile de s'étendre sur le sujet sans prendre le risque de trop en dévoiler. Mais étant un grand maître en la matière, je dirais juste que l'on a ici affaire à une idée originale très simple et très ingénieuse en même temps, ayant de surcroît la chance d'être intelligemment développée et mise en scène par les deux réalisateurs aux commandes (notamment grâce à la diffusion simili-chaotique des épisodes, qui permet d'alterner savamment entre progression de la trame de fond et délires hors-sujets des plus appréciables). L'incroyable succès de la série et des romans qui en sont à l'origine doit, à mon avis, beaucoup au concept de base de l'intrigue. Pour comparaison, on se retrouve avec un principe initial assez proche de celui du célèbre Harry Potter. N'allez pas vous méprendre, les deux univers n'ont pratiquement rien en commun, mais chacun d'entre eux propose une vision crédible du débordement de notre imaginaire sur le monde réel. La Mélancolie de Haruhi Suzumiya a même, osons le dire, une base scénaristique beaucoup plus originale que celle des aventures du petit sorcier bigleux (mais celui-ci se rattrape sur son foisonnement de bonnes idées dans la construction d'un univers fantastique détaillé et cohérent, ainsi que sur son symbolisme héroïque quasi-biblique). Cependant, la comparaison ne va pas plus loin, la Brigade SOS nous entraîne en effet dans une atmosphère totalement différente : parfois décalée et humoristique, voire parodique (de Tengen Toppa Gurren Lagann à Detroit Metal City), parfois très sérieuse ou même carrément dramatique, elle avance délicatement sur la mince frontière séparant réalisme et fantastique, réflexion et divertissement brut, à la manière d'un funambule narguant la mort à ses pieds, pour l'immense plaisir des grands enfants aux yeux écarquillés que nous sommes. Pour résumer, on se trouve tout bêtement en face d'une belle histoire accompagnée d'un traitement efficace. Que demande le peuple ?

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"I believe I can fly..."

Pour finir, je ne peux que vous conseiller de visionner cette très agréable série. Evidemment, avec tout le bruit que l'on a pu faire autour de sa sortie, je suis persuadé que certains contracteront bien malgré eux une forte réaction de rejet, ce qui est tout à fait compréhensible. Je leur conseillerais alors de prendre leur temps, de ne pas se forcer, et surtout, de ne pas s'attendre à vivre une expérience sensationnelle et hallucinante comme ils en ont jamais vécu auparavant. Certes, La Mélancolie de Haruhi Suzumiya est un animé assez unique et, à mes yeux, sa récente renommée est amplement justifiée, mais il reste avant tout un véritable divertissement. C'est en tant que tel que je vous suggère de l'aborder, et si vous arrivez à l'apprécier de la sorte, vous aurez ensuite tout le temps de développer à votre guise de magistrales et fumeuses théories sur la suprématie objective de ce titre sur les autres nouveaux rejetons de notre belle culture visuelle moderne... ou pas.

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"Hé toi, ça te dit une soirée sympa avec une gentille lapine ?"

Cadeau bonux:

Des super beaux gifs animés !

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Commentaires

    j'avais lu un article de fou dans animeland qui consacrait cette série comme une meilleure qu'ils aient vu depuis perpète... Ca a l'air complètement barré, ça me plait bien ^^

    Posté par bobobiwan, 23 mai 2009 à 16:42

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